Le supermarché, cet endroit où les cons (comme moi) font face aux autres nombreux cons (comme eux) qui n’ont aucune envie de se côtoyer mais y sont obligés.

Oui, parce que même le dernier des bobos plein de thunes va à la facilité. Même le payant droit à l’ISF ne se fait pas prier pour s’y mélanger, ça lui fait des histoires à raconter au château. Et franchement, on ne peut pas le blâmer, des histoires il en rapporte des pleines brouettes à composter. Mais comme je le disais juste avant, personne n’est à blâmer, ce lieu est empli d’une tumeur cancéreuse moribonde : le besoin d’aller au plus court.

J’ai le souffle court quand je suis dans cet immense préfabriqué à la gloire du capitalisme. Le capitalisme c’est pour tout le monde, les ouvriers, les cadres, les artisans, les chefs d’entreprises, les fonctionnaires, les banquiers, les chômeurs, les bourgeois, les prolétaires, les étudiants, les malfrats, les riches, les pauvres, les immigrés, les sans papiers, les blindés de thunes, les hipsters, les salaires moyens, la classe populaire… bref, un putain de vivier électoral à ciel ouvert.

 

Ça me fait d’ailleurs penser à cette fameuse idée de la peur du remplacement des employés par des machines. Même si les caisses libre service ce sont bien installées je n’ai pas remarqué une diminution du personnel. Franchement, je préfère largement la vitesse d’exécution à l’attente interminable dans un lieu qui me rend nerveux. Et puis il y a quand même quelqu’un, ces machines de merde déconnent tout le temps. Mais tu es libre (sic) de te démerder tout seul, de ne pas être plombé par machin ou truc qui t’empoisonne la file d’attente, et je l’ai vérifié des tas de fois, ça va plus vite sans les lourds de tous bords et de tous âges.

Je ne dis pas ça parce que je suis un sociopathe de bas niveau. J’aime bien les gens dans des tas de situations, mais dans le cadre de leur travail, la plupart du temps ils me font chier. Sans compter la présence du reste du monde, celui du genre humain par complaisance, qui se pavane comme des endimanchés de la culture libérale par excellence. Moi tout est minuté, je ne suis pas là pour rigoler, j’ai d’ailleurs horreur (la plupart du temps) d’y faire mes emplettes avec ma femme. Elle prend son temps, ça m’effraie.

J’aurais aimé vous dire des choses pleines de sens sur les employés de supermarchés, mais je ne peux pas, c’est un lieu qui me rend agressif. Chacun fait le boulot qu’il veut ou qu’il peut (bien plus souvent), alors mon désarroi ne peut aller qu’aux clients (que je suis), tous plus ou moins contraints et complices du système.

 

Vous me direz « mais c’est quand qu’il s’énerve le Docteur, qu’il crache sa haine et sa colère ! ». Ben je vais vous décevoir, je n’y arrive pas sur ce sujet à posteriori, alors que sur place j’étriperais volontiers tout un tas de connards méritants. Sorti de son contexte, un acheteur en vie est un futur acheteur mort, qui est déjà remplacé par un travailleur mort de sa vie. Plutôt que m’agacer, j’ai envie de pleurer.

Oui je préfère aller vite dans un lieu immonde. Oui je préfère me passer d’un(e) caissier(e) pour ne pas me taper une attente hors norme. Oui je vais quand même dans un lieu infect qui recense la majorité des produits qu’on peut trouver ailleurs pour plus ou moins cher. Oui je suis coupable comme la plupart d’entre-vous. Oui je vous supporte au pied de la caisse, avec vos bons de réductions, vos cartes de fidélités et vos questions connes sur un produit. Oui je pourrais faire autrement mais mon compte en banque me l’interdit. Oui nous nous retrouvons tous dans ce même endroit comme des endives mal cuites, avec nos différences et nos particularités. Et tous les jours je vais à l’essentiel pour ne pas m’éterniser dans vos marasmes communicatifs.

Mais c’est notre faute à tous. Nous avons accepté la facilité. Nous avons simplifié la répartition, tout aux riches, les supermarchés aux autres. Il nous faut lentement reproduire les gestes du passé. Revenir à des choses simples, en refusant la facilité, en apprenant à être moins con avec soi-même on le sera avec les autres.

En attendant, les grandes surfaces ressemblent toujours à un vivier des différentes tendances électorales. On retrouve la même densité d’hétérogénéité dans les foires où les marchés, les témoins de Jéhovah en plus. Quand bien même l’endroit est horriblement mortifère au sens vivant du terme, c’est encore un des lieux les plus laïques qui soit. On y croise toute la faune à deux pattes capable de déblatérer à tort et à travers. A croire que nous sommes fait pour nous supporter les uns à côté des autres, sans jamais ressentir le besoin d’aller vers l’un ou l’autre. Le seul endroit que je connaisse qui rassemble autant d’espèces concurrentes entre-elles sans pouvoir se désosser mutuellement, ce sont les points d’eaux de savane où tous les animaux font la paix pour boire.

Oui, le supermarché est notre putain de point de rationnement, celui qui nous fait nous accepter malgré nos agacements mutuels. Et dès lors, le seul endroit de merde où tout le monde vient s’approvisionner en merde.

 

Je hais les supermarchés.

 

Ament, Touti Quanti et Tralala…

 

©Le Docteur se décongèle la caboche au rayon frais…

(Illustration Asaf Hanuka)

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